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La vie est aussi une fête

Photo du rédacteur: dylan rocque
dylan rocque
22 août
12 min de lecture

Dernière mise à jour : 5 sept.


Il y a quelque chose d’étrangement bouleversant dans les scènes les plus simples. Une personne qui danse sans particulièrement savoir danser, un groupe d’amis qui chante beaucoup trop fort, un inconnu qui se laisse emporter par une musique dans la rue, une terrasse pleine un soir d’été, quelques personnes qui commencent à rire et, sans que personne ne l’ait vraiment décidé, une atmosphère entière qui se transforme.


Il ne se passe presque rien.

Et pourtant, pendant quelques secondes, quelque chose semble profondément juste.


Ces images nous touchent peut-être parce qu’elles nous rappellent une évidence que nous avons peu à peu oubliée : la vie peut être légère. Elle peut être joyeuse sans justification particulière. Elle peut contenir du rire, de la musique, du mouvement, de l’imprévu et même une certaine forme de ridicule sans cesser pour autant d’être sérieuse.


Nous savons encore faire la fête. Nous avons simplement pris l’habitude de lui réserver des horaires, des lieux et des occasions précises. Le vendredi soir, les vacances, les anniversaires, les festivals, les mariages, les grandes célébrations deviennent les moments autorisés de la joie, comme s’il fallait attendre qu’un calendrier nous donne officiellement la permission de nous abandonner un peu.


Peut-être faudrait-il simplement retrouver la fête.


Non pas pour transformer chaque journée en carnaval permanent, ni pour nier les difficultés de l’existence, mais pour réapprendre à laisser davantage de place à la joie dans les jours ordinaires.


Nous avons appris à nous regarder vivre


Il suffit d’observer un enfant lorsqu’une musique qu’il aime commence. Souvent, il danse. Il ne se demande pas si ses mouvements sont élégants, s’il est suffisamment doué, si quelqu’un pourrait le trouver ridicule ou si son enthousiasme est socialement approprié. Il danse parce qu’il en a envie.


Puis nous grandissons.


Parmi toutes les choses utiles que nous apprenons en devenant adultes, nous apprenons aussi à nous surveiller. Nous découvrons qu’il existe des manières convenables de se comporter, qu’il ne faut pas être trop bruyant, trop enthousiaste, trop expressif, trop spontané. Nous comprenons progressivement qu’attirer l’attention comporte un risque et qu’il est souvent plus confortable de paraître détaché que réellement heureux.


Cette maîtrise de soi est évidemment nécessaire à la vie collective. Grandir, c’est aussi apprendre le respect des autres, la retenue lorsqu’elle est nécessaire et la capacité à ne pas imposer constamment ses propres envies. Pourtant, quelque chose se perd lorsque cette maîtrise devient une surveillance permanente de soi-même.


Nous finissons parfois par nous regarder vivre au lieu de vivre.


Avant de chanter, nous nous demandons si cela se fait. Avant de danser, nous imaginons le regard des autres. Avant d’exprimer un enthousiasme trop visible, nous cherchons presque instinctivement à l’atténuer par l’ironie. Nous voulons éviter le ridicule et nous renonçons parfois, en même temps, à une partie de la spontanéité qui rend les moments véritablement vivants.


Il faudrait peut-être réhabiliter légèrement le ridicule.


Accepter de danser mal, de chanter faux, de rire trop fort de temps en temps, de s’enthousiasmer pour quelque chose d’insignifiant, d’aimer une chanson sans chercher immédiatement à justifier ses goûts et de se réjouir franchement sans avoir besoin de se protéger derrière le détachement.


Une société dans laquelle chacun cherche constamment à paraître blasé finit inévitablement par devenir un peu froide.


Retrouver la fête, ce serait donc d’abord retrouver la permission d’être heureux sans devoir systématiquement se demander comment cette joie sera perçue.


Nous avons confondu une vie réussie avec une vie remplie


Notre époque entretient une fascination particulière pour l’activité. Il faut travailler, progresser, apprendre, s’informer, voyager, se fixer des objectifs, entretenir son réseau, répondre aux messages, prendre soin de soi, faire du sport, lancer des projets et, idéalement, parvenir à organiser tout cela avec suffisamment d’efficacité pour dégager encore du temps afin de devenir une meilleure version de soi-même.


Même le repos est parfois sommé de prouver son utilité : il faudrait bien dormir pour être plus performant le lendemain, méditer pour mieux gérer son stress ou partir en vacances afin de revenir plus efficace au travail.


Nous avons développé une relation au temps dans laquelle chaque heure semble devoir justifier son existence.


Dans cette logique, passer deux heures à discuter en terrasse peut presque donner l’impression de n’avoir rien fait.


Mais peut-être est-ce précisément là que se trouve l’erreur.


Une conversation qui s’éternise avec des amis n’est pas du temps perdu. Une soirée passée à danser n’est pas du temps perdu. Écouter plusieurs fois une chanson parce qu’elle nous rend heureux n’est pas du temps perdu. Rester dehors parce qu’un soir d’été est particulièrement agréable, prolonger un repas, rire pendant des heures ou simplement ne rien produire pendant quelque temps ne sont pas des accidents regrettables dans une journée productive.


Ce sont aussi des morceaux de vie.


Peut-être faudrait-il même inverser la question : si une existence entière est passée à accomplir des choses utiles sans jamais réellement en profiter, qu’a-t-elle gagné à être si parfaitement remplie ?


Nous confondons parfois la densité de nos agendas avec celle de nos existences.


Une vie réussie ne se mesure pourtant pas seulement au nombre de tâches accomplies, de diplômes obtenus, de projets terminés ou de kilomètres parcourus. Elle se mesure peut-être aussi à la capacité d’avoir réellement été présent à ce que l’on vivait.


À avoir ri souvent, aimé profondément, perdu du temps avec des gens qui comptaient, ressenti de l’enthousiasme, créé des souvenirs sans utilité particulière et vécu suffisamment de moments dont la seule justification était qu’ils étaient agréables.


Il existe des instants qui ne servent absolument à rien et qui deviennent pourtant, des années plus tard, ceux dont nous nous souvenons le mieux.


Ne pas transformer notre vie en salle d’attente


Nous avons également donné au bonheur des dimensions parfois intimidantes.


Nous l’associons volontiers aux grandes réussites : trouver l’amour, réussir professionnellement, voyager, accomplir ses rêves, gagner suffisamment d’argent, posséder un logement agréable, vivre des expériences extraordinaires ou atteindre enfin une situation dans laquelle tout semblera suffisamment stable pour profiter de la vie.


Évidemment, ces événements comptent. Certains peuvent transformer une existence.

Mais ils sont rares.


La majeure partie d’une vie humaine est composée de journées ordinaires. Des lundis, des trajets, des courses, des repas, des matinées de travail, des soirées sans événement particulier et de longues périodes pendant lesquelles rien d’exceptionnel ne se produit.


Si nous décidons que seules les journées extraordinaires méritent réellement d’être vécues, nous condamnons l’immense majorité de notre existence à devenir une sorte de salle d’attente.


Nous attendons vendredi, puis les vacances, puis l’été, puis le prochain voyage. Nous attendons d’avoir davantage d’argent, moins de travail, un meilleur logement, une relation amoureuse, une situation plus confortable ou simplement un peu plus de temps.


Nous avons constamment l’impression que la vraie vie commencera après.

Mais elle ne commence pas après.

Elle se déroule précisément pendant que nous attendons.


Cette idée pourrait sembler banale si nous n’organisions pas si souvent notre existence comme si elle était fausse.


Le bonheur ne peut donc pas dépendre uniquement de l’exceptionnel. Il faut aussi apprendre à reconnaître la valeur des choses minuscules : une chanson mise beaucoup trop fort dans une voiture, un café pris au soleil, une discussion imprévue, une soirée qui devait durer une heure et qui finit bien plus tard, un repas qui s’éternise, quelques personnes qui commencent spontanément à danser ou cette sensation rare et simple d’être exactement là où l’on a envie d’être.


Peut-être réussir sa vie consiste-t-il moins à multiplier les moments extraordinaires qu’à rendre les journées ordinaires suffisamment vivantes pour ne plus avoir constamment envie de leur échapper.


Le droit d’être enthousiaste


Retrouver la fête, ce serait aussi lutter contre une autre habitude de notre époque : le cynisme.


Nous savons remarquablement bien prendre de la distance. Nous savons ironiser, nous moquer, relativiser, déconstruire les enthousiasmes et repérer immédiatement les contradictions. Cette capacité critique est précieuse, surtout dans une société saturée de discours, d’images et de mises en scène.


Mais elle devient appauvrissante lorsqu’elle transforme toute sincérité en naïveté.


Il devrait rester possible de dire qu’une chanson nous bouleverse, qu’un match nous rend heureux, qu’une soirée était magnifique, qu’un projet nous enthousiasme ou qu’une simple journée au soleil nous a fait du bien sans immédiatement ajouter une plaisanterie pour atténuer ce que nous venons d’avouer.


Celui qui reste détaché se protège facilement. Il peut toujours prétendre qu’il ne croyait pas vraiment à ce qui se passait.

Celui qui s’enthousiasme prend davantage de risques.

Il reconnaît qu’une chose compte.

Il accepte d’être touché.

Il accepte même parfois d’avoir l’air un peu naïf.


Retrouver la fête, ce serait peut-être aussi retrouver cette capacité à dire simplement : oui, cela me rend heureux.

Et ne pas avoir honte de cette phrase.


Retrouver les autres


La fête n’est cependant pas seulement une expérience individuelle. Elle possède une dimension profondément collective.


Il existe une joie particulière à voir les autres heureux autour de soi.


Une personne qui commence à danser peut en entraîner une autre. Quelqu’un qui chante donne parfois aux autres la permission de chanter. Une plaisanterie lancée dans un groupe transforme l’ambiance. Une conversation imprévue transforme quelques minutes d’attente en véritable souvenir.


La joie circule.


Bien sûr, elle ne résout aucune injustice. Un sourire ne fait pas disparaître la précarité, une chanson ne met pas fin aux guerres et une fête de quartier ne règle pas les crises économiques. Il serait absurde de réduire les problèmes du monde à un manque de bonne humeur.


Mais précisément parce que l’existence comporte une part de difficulté, nous devrions peut-être prendre davantage soin des moments dans lesquels quelque chose de léger apparaît.


Une fête réussie repose rarement uniquement sur la musique, les boissons ou le lieu. Elle fonctionne parce qu’un groupe de personnes accepte momentanément de participer à la joie des autres. Chacun abandonne un peu de sa retenue, et cette permission devient collective.


Ce mécanisme pourrait peut-être irriguer davantage notre quotidien.


Pas en transformant chaque lieu en spectacle permanent, mais simplement en acceptant davantage la convivialité, la spontanéité et les interactions imprévues.


Nous vivons dans une époque où nous n’avons jamais disposé d’autant de moyens de communication, tout en connaissant des formes importantes de solitude. Il est possible de parler quotidiennement à quelqu’un qui vit à plusieurs milliers de kilomètres tout en ignorant pendant des années le prénom de la personne qui habite à quelques mètres.


Retrouver la fête, ce serait aussi retrouver une certaine disponibilité aux autres.


Parler plus facilement. Partager une table ou un banc. Accepter une conversation inattendue. Créer davantage d’occasions dans lesquelles des personnes peuvent se rencontrer autrement que comme collègues, clients, voisins anonymes ou profils sur un écran.


Cela ne signifie évidemment pas imposer une sociabilité permanente. Certaines personnes aiment davantage la solitude, d’autres ont besoin de calme et personne ne devrait être contraint de participer à une convivialité qu’il ne souhaite pas.


Mais une société peut faciliter les rencontres sans les rendre obligatoires.

Elle peut créer les conditions dans lesquelles les liens deviennent possibles.


Retrouver la rue


C’est ici que la réflexion philosophique rencontre naturellement la manière dont nous organisons collectivement nos vies.


Il existe des villes où l’on circule et des villes où l’on s’arrête.


Certaines sont principalement pensées comme une succession de logements, de bureaux, de routes, de transports et de commerces. On y quitte son domicile, on rejoint son travail, on effectue ses achats puis on rentre chez soi. L’espace public devient essentiellement un espace de déplacement.


D’autres villes accordent davantage de place aux lieux où l’on peut simplement être présent : places, parcs, rues piétonnes, terrasses, marchés, bancs, jardins, équipements culturels, guinguettes ou espaces où peuvent apparaître des événements sans qu’il soit nécessaire de les planifier longtemps à l’avance.


La différence semble urbanistique. Elle est en réalité profondément humaine.

Une ville pensée uniquement pour circuler produit des passants.

Une ville pensée pour s’arrêter produit des rencontres.


Nous avons besoin de lieux où des enfants peuvent jouer pendant que des adultes discutent, où des jeunes peuvent rester sans devoir nécessairement acheter quelque chose, où des personnes âgées peuvent observer et participer à la vie du quartier, où un concert, une musique, un spectacle, un marché ou une fête peuvent transformer momentanément une place ordinaire en espace collectif.


Il faudrait peut-être recommencer à habiter nos villes au lieu de simplement les traverser.


Cela suppose évidemment une certaine organisation collective : des événements accessibles, des espaces publics agréables, des transports permettant de rentrer, de la culture présente en dehors des lieux traditionnels, des fêtes populaires, des marchés nocturnes, des bals, des concerts gratuits, des terrasses et des lieux dans lesquels la rencontre ne soit pas uniquement conditionnée à la capacité de consommer.


Mais l’objectif n’est pas de faire de chaque ville une fête permanente.

Il est simplement de redonner davantage de place à ce qui rend une ville réellement vivante : la présence humaine.


La fête n’est pas un privilège


Cette philosophie comporte cependant un danger : celui de devenir une nouvelle injonction au bonheur.


Dire aux gens qu’ils devraient « profiter davantage de la vie » peut être profondément violent lorsque leurs conditions matérielles leur laissent peu de temps, peu d’argent ou peu d’énergie pour le faire.


Il est plus facile de prolonger une soirée lorsque l’on ne compte pas chaque euro. Plus facile de sortir lorsque des transports existent. Plus facile de profiter de son temps libre lorsque les journées de travail ne laissent pas totalement épuisé. Plus facile de participer à la vie culturelle lorsque celle-ci est accessible financièrement et géographiquement.


Nous ne sommes donc pas tous également libres de faire de la place à la fête.


C’est là que la politique apparaît, non comme le cœur du sujet, mais comme l’une de ses conditions.


Une société qui souhaite réellement permettre aux individus de profiter de leur existence doit aussi se demander combien de temps leur reste après le travail, combien leur coûte l’accès aux loisirs et à la culture, comment sont conçus les espaces publics et dans quelle mesure la précarité empêche simplement de penser à autre chose qu’aux nécessités immédiates.


La joie ne peut pas devenir une obligation individuelle.

Il n’existe aucun devoir d’être heureux.


Nous avons le droit d’être tristes, fatigués, silencieux ou seuls. Nous avons le droit de traverser des périodes pendant lesquelles aucune fête ne semble possible. Nous avons le droit de ne pas participer.


Retrouver la fête ne signifie donc jamais exiger le bonheur.

Cela signifie rendre la joie possible lorsqu’elle apparaît.


Continuer à danser en vieillissant


Une autre étrangeté accompagne souvent le passage à l’âge adulte : l’idée qu’avec le temps certaines formes de joie devraient progressivement disparaître.


Il existerait des âges pour sortir, des âges pour danser, des âges pour rire stupidement entre amis et des âges pour être raisonnable.


La maturité semble parfois confondue avec une lente diminution de l’exubérance.

Mais pourquoi ?


Vieillir devrait certainement nous apprendre beaucoup de choses. Cela ne devrait pas nous apprendre à devenir moins vivant.


Il devrait être possible de danser à vingt ans, quarante ans, soixante ans ou quatre-vingts ans, de découvrir de nouvelles musiques, de s’enthousiasmer, de faire quelque chose simplement parce que cela nous amuse ou de conserver une part d’imprévu dans une existence pourtant devenue plus stable.


Il ne s’agit pas de refuser l’âge ni de chercher à imiter éternellement la jeunesse.

Il s’agit de ne pas confondre maturité et extinction progressive de la joie.


Peut-être même que plus le temps avance, plus cette idée devient importante.

Parce que l’un des grands apprentissages de l’existence est précisément que le temps n’est pas infini.


La joie n’est pas une fuite hors du monde


Nous vivons dans une époque suffisamment inquiète pour que la légèreté puisse parfois sembler presque déplacée.


Les crises économiques, les guerres, le réchauffement climatique, les tensions politiques, les injustices sociales et les incertitudes sur l’avenir occupent une place considérable dans notre rapport au monde.


Face à cela, faire la fête peut sembler futile.

Mais cette opposition repose sur une étrange conception de la lucidité. Pourquoi faudrait-il que comprendre la gravité du monde implique de renoncer à aimer la vie ?


Il est possible d’être engagé et joyeux, inquiet et enthousiaste, lucide sur les injustices et néanmoins capable de danser le soir.

La joie n’est pas nécessairement une fuite hors du réel.


Elle peut au contraire constituer une manière de refuser que le réel nous confisque entièrement le désir de vivre. La fête ne fait disparaître aucune injustice et ne dispense personne de chercher à transformer le monde.

Elle rappelle simplement pourquoi nous avons intérêt à le transformer.


Car quelle société cherchons-nous à construire si nous sommes incapables de répondre à cette question pourtant essentielle : quelle vie voulons-nous rendre possible ?


Le progrès ne peut pas seulement consister à diminuer les souffrances, aussi indispensable que cela soit. Il devrait aussi permettre aux existences humaines de contenir davantage de ce qui les rend désirables : du temps, des relations, de la culture, de la liberté, de l’imprévu, des rencontres et cette légèreté qui ne nie pas la gravité du monde mais empêche celle-ci d’occuper toute la place.


Une société véritablement humaine ne devrait pas seulement nous permettre de survivre dans de bonnes conditions.


Elle devrait nous permettre de vivre.


La vie est aussi une fête


Nous savons tous que notre temps est limité.


Et pourtant, nous organisons souvent notre existence comme si la vraie vie devait commencer légèrement plus tard.


Lorsque nous aurons terminé ce travail. Lorsque nous aurons davantage d’argent. Lorsque nous serons en vacances. Lorsque nous aurons rencontré quelqu’un. Lorsque les enfants auront grandi. Lorsque la période sera moins compliquée. Lorsque nous aurons enfin du temps.


Mais toutes ces journées que nous considérons comme transitoires ne se trouvent pas à côté de notre vie.

Elles sont notre vie.


Peut-être faudrait-il alors apprendre à en sauver davantage.

Non pas en cherchant une intensité permanente, qui deviendrait rapidement épuisante, ni en poursuivant obsessionnellement un bonheur impossible, mais en restant disponible à ce qui peut rendre un moment plus vivant.


Mettre une musique que l’on aime lorsqu’on en a envie. Accepter de danser lorsque quelque chose nous entraîne. Prolonger une terrasse parce qu’on est bien. Dire oui à une soirée improvisée. Parler à quelqu’un que l’on ne connaissait pas quelques minutes auparavant. Faire quelque chose de parfaitement inutile simplement parce que cela nous procure de la joie. Accepter parfois d’avoir l’air ridicule plutôt que de sacrifier systématiquement la spontanéité au regard des autres.


Surtout, ne pas attendre une grande occasion pour considérer qu’un moment mérite d’être vécu.

Car la fête n’est peut-être pas seulement un événement que l’on organise.

Elle peut être une disposition à l’existence.


Une manière de rester disponible aux autres, à l’imprévu, à la musique, au rire, à l’enthousiasme et à tous ces instants minuscules dont nous comprenons parfois beaucoup trop tard qu’ils formaient l’essentiel.


Nous ne serons pas heureux tous les jours.

Nous n’avons pas à l’être.


Une vie véritable contient aussi la tristesse, l’ennui, la colère, la solitude, les échecs et les périodes où l’on avance simplement comme on peut.


Mais lorsque la joie se présente, peut-être devrions-nous cesser de lui demander si elle est suffisamment raisonnable, productive ou légitime.

La laisser prendre un peu de place.


Parce qu’au milieu de tout ce qui est grave, urgent, nécessaire et sérieux, il faudrait peut-être continuer à se rappeler une chose extrêmement simple : la vie est aussi une fête.

 
 
 

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