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Patriote de gauche

  • Photo du rédacteur: dylan rocque
    dylan rocque
  • il y a 52 minutes
  • 12 min de lecture

Être de gauche et aimer son pays


Il existe aujourd’hui une étrange idée selon laquelle le patriotisme appartiendrait nécessairement à la droite.

Comme si aimer son pays, se sentir attaché à son histoire, à ses paysages, à sa culture ou à ce qu’il représente était incompatible avec une pensée de gauche. Comme si l’internationalisme, la solidarité entre les peuples et la critique des frontières imposaient nécessairement de prendre ses distances avec toute forme d’appartenance nationale.


Je ne le crois pas.


On peut être de gauche et aimer profondément son pays. On peut souhaiter un monde où les frontières auraient progressivement moins d’importance et, dans le même temps, ressentir un attachement particulier pour le pays dans lequel on est né, dans lequel on a grandi ou que l’on a choisi de rejoindre. On peut être patriote sans être nationaliste.

Et surtout, on peut aimer son pays sans l’idéaliser.


C’est peut-être même là que devrait commencer un patriotisme de gauche.


Aimer son pays n’est pas croire qu’il est supérieur


Il faut d’abord distinguer deux choses que l’on confond beaucoup trop souvent : le patriotisme et le nationalisme.


Le nationalisme repose fréquemment sur une logique de comparaison et de confrontation. La nation devient alors une communauté qu’il faudrait protéger des autres, parfois parce qu’elle serait supposément supérieure, plus légitime, plus civilisée ou plus méritante.

Le patriotisme peut être tout autre chose. Aimer son pays ne nécessite pas de considérer qu’il est meilleur que les autres. On peut aimer la France comme on aime une région, une ville, une langue ou une culture particulière sans avoir besoin de mépriser ce qui existe ailleurs.


Je peux être attaché aux paysages français sans penser qu’ils sont plus beaux que tous les autres.

Je peux aimer la langue française tout en trouvant magnifique que l’humanité en ait produit des milliers.

Je peux être fier de certaines réalisations collectives françaises tout en admirant celles des autres peuples.


Nos appartenances ne sont pas nécessairement concurrentes. Nous pouvons nous sentir attachés à notre commune, notre région, notre pays, l’Europe et l’humanité en même temps. À chaque niveau correspond simplement une communauté différente.


L’internationalisme n’oblige pas à effacer les nations demain matin


La gauche porte historiquement une aspiration profondément internationaliste : l’idée que les êtres humains devraient pouvoir être solidaires au-delà des frontières et que leur nationalité ne devrait jamais déterminer leur valeur.


C’est une ambition que je partage.


On peut même imaginer qu’à très long terme, l’histoire de l’humanité conduise progressivement à une réduction de l’importance des frontières, à davantage d’intégration politique entre les peuples et, peut-être un jour, à des formes beaucoup plus poussées de gouvernance mondiale.


Mais l’histoire humaine avance lentement.


Les nations ne vont pas disparaître par décret. Elles sont aujourd’hui encore des espaces dans lesquels se construisent une grande partie de la démocratie, de la solidarité, des droits sociaux et de la protection collective. C’est à l’échelle des États que nous organisons largement l’école, la santé, la protection sociale, la justice, la fiscalité ou la redistribution.


Il existe donc un immense chemin entre le monde actuel et une éventuelle humanité politiquement beaucoup plus unifiée. Pendant ce chemin, nous n’avons aucune raison de choisir entre l’amour de notre pays et la fraternité avec les autres peuples.


On peut souhaiter dépasser progressivement certaines frontières sans mépriser ceux qui ressentent une appartenance nationale. On peut même penser que l’unité future de l’humanité ne nécessitera pas nécessairement la disparition de toutes les identités. L’Europe nous en donne déjà une intuition : devenir davantage européen n’oblige pas à devenir moins français, espagnol, italien, polonais ou portugais.


L’unité n’est pas nécessairement l’uniformité.


Le patriotisme de gauche : aimer suffisamment son pays pour vouloir le rendre meilleur


Le patriotisme que pourrait défendre la gauche ne consisterait donc pas à répéter que notre pays serait extraordinaire.


Il pourrait reposer sur une idée beaucoup plus exigeante : aimer suffisamment son pays pour vouloir le rendre meilleur.


Aimer la France, ce n’est pas simplement aimer son drapeau ou chanter son hymne. C’est aussi être attaché à ce qu’elle construit collectivement : ses écoles, ses hôpitaux, ses communes, ses entreprises, ses associations, ses universités, son artisanat, sa Sécurité sociale, ses infrastructures, ses bibliothèques, ses services publics, ses paysages, son patrimoine, etc...


Tous ces éléments constituent eux aussi une patrie. Et peut-être même beaucoup plus concrètement qu’un symbole.


Lorsqu’une génération construit une école, elle laisse quelque chose aux générations suivantes. Lorsqu’elle protège un espace naturel, développe un réseau de transports, crée une institution culturelle ou améliore la protection sociale, elle enrichit un patrimoine collectif.


Être patriote peut donc vouloir dire prendre soin de ce que nous avons reçu et préparer ce que nous transmettrons.


Enseigner peut être un acte patriotique. Soigner peut être patriotique. Servir dans une administration peut être patriotique. Faire vivre une association peut être patriotique. Protéger l’environnement de son pays peut être patriotique. Contribuer justement aux finances publiques peut être patriotique. Prendre soin de ceux qui vivent avec nous peut être patriotique.


Le patriotisme ne devrait pas être réservé aux discours.

Il peut aussi être une manière d’agir.


Une patrie n’est pas seulement une histoire : c’est aussi une socialisation


Mais aimer son pays demande également de comprendre quelque chose de bien plus profond : une nation ne nous transmet pas seulement une langue, des institutions ou un patrimoine. Elle nous transmet aussi des manières de penser.


Nous sommes tous socialisés. Par nos familles, évidemment, mais également par l’école, les médias, les entreprises, les institutions politiques, les religions, les groupes sociaux, les œuvres culturelles ou encore les grandes représentations collectives de notre société.

Chaque pays produit ainsi une certaine vision du monde : des normes, des valeurs, des hiérarchies et des évidences.


Une manière de définir ce qui est respectable ou non, ce qui constitue une réussite, ce qui est normal, ce qui est légitime, ce qui est masculin ou féminin, ce que signifie travailler, réussir, faire famille ou appartenir à la communauté nationale.


Certaines de ces représentations sont nécessaires à la vie collective.

Mais d’autres doivent pouvoir être interrogées.


Aimer son pays ne signifie donc pas accepter sans discussion tout ce qu’il nous a appris. On peut aimer profondément l’école républicaine tout en étudiant la manière dont elle reproduit certaines inégalités sociales.

On peut défendre nos institutions démocratiques tout en considérant qu’elles doivent être profondément réformées.

On peut être attaché à notre culture tout en questionnant certaines représentations qu’elle transmet sur les classes sociales, le genre, les origines ou la réussite.

On peut aimer notre modèle social tout en reconnaissant ses insuffisances.


Un patriotisme adulte ne consiste pas à accepter son pays tel qu’il est.

Il consiste aussi à être capable de comprendre ce qu’il a fait de nous.


Regarder l’histoire entière de la France


Cette exigence critique vaut évidemment pour notre histoire.


Et peut-être est-ce là que les débats deviennent les plus difficiles. Certains semblent penser que parler des pages sombres de l’histoire française reviendrait à détester la France. D’autres semblent parfois considérer qu’il faudrait presque éprouver une culpabilité permanente à l’égard de tout notre passé.


Ces deux positions me paraissent insuffisantes.


Nous devons être capables de regarder l’histoire entière. Oui, la France a connu de grandes périodes de puissance. Des monarchies qui ont profondément marqué l’Europe. Des empires. Une influence diplomatique, militaire, scientifique, culturelle et intellectuelle considérable. Des artistes, des écrivains, des scientifiques, des philosophes dont l’influence a dépassé nos frontières. Des révolutions politiques qui ont changé le monde. Une capacité à produire un État puissant et des institutions qui ont parfois servi de modèle ailleurs.


Tout cela fait partie de notre histoire.

On peut même parler de grandeur.


Mais reconnaître cette grandeur ne signifie absolument pas approuver moralement tout ce qui l’a rendue possible. Car l’histoire française est également celle de l’esclavage, de la colonisation, des conquêtes, de l’exploitation, de la domination, des violences politiques, des répressions, des inégalités considérables, de l’exclusion d’une partie de la population des droits pourtant proclamés comme universels.


Ces réalités ne sont pas extérieures à notre histoire.

Elles en font partie.


On peut admirer Versailles et critiquer la monarchie


Il faut précisément accepter cette complexité.


On peut admirer Versailles comme une œuvre architecturale extraordinaire tout en considérant que la monarchie absolue reposait sur un ordre social profondément inégalitaire.


On peut reconnaître l’importance immense de Napoléon dans l’histoire française et européenne tout en condamnant l’autoritarisme de son régime, ses guerres ou le rétablissement de l’esclavage en 1802.


On peut reconnaître que les empires coloniaux ont donné à la France une influence considérable dans le monde tout en considérant la colonisation comme un système de domination politique, économique et culturelle qui a produit des crimes majeures.


On peut célébrer la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme tout en rappelant que l’universalité proclamée n’a pas immédiatement concerné les femmes, les populations colonisées ou les esclaves.


On peut être fier de la Résistance sans oublier la Collaboration.


On peut admirer la République sans prétendre que la République française aurait toujours été fidèle à ses propres principes.


Il faut même accepter quelque chose d’encore plus difficile : une même période historique peut produire à la fois de la grandeur et de l’injustice.


L’histoire n’est pas un tribunal dans lequel chaque époque devrait être classée entre les gentils et les méchants. Elle est faite de contradictions.


Hériter n’est pas approuver


Nous n’avons donc pas à choisir entre la glorification permanente et la honte permanente.


Nous avons à comprendre : nous héritons de notre histoire mais hériter ne signifie pas approuver.


Personne aujourd’hui n’est personnellement responsable de décisions prises plusieurs années voir plusieurs siècles avant sa naissance. Il n’y a donc aucun sens à demander aux individus de vivre dans une culpabilité historique permanente.


En revanche, une société doit être capable de reconnaître les conséquences de son histoire lorsque celles-ci continuent d’exister.

Connaître.

Enseigner.

Reconnaître.

Réparer lorsque cela est possible.

Et surtout éviter de reproduire les mécanismes qui ont rendu ces injustices possibles.

C’est cela, être responsable de son héritage.


Nous pouvons recevoir l’histoire française avec tout ce qu’elle comporte : les Lumières et leurs contradictions, les révolutions et leurs violences, la République et ses exclusions, les conquêtes sociales et les inégalités, la Résistance et la Collaboration, l’universalisme et le colonialisme.


Notre identité collective n’a pas besoin d’être parfaite pour exister.


Critiquer son pays peut être une forme d’amour


Il existe pourtant encore cette idée étrange selon laquelle celui qui critique son pays l’aimerait nécessairement moins.


Je pense que c’est exactement l’inverse.


L’indifférence serait probablement bien plus proche de l’absence de patriotisme. Celui qui ne se préoccupe plus de ce que devient son pays, de la qualité de son école, de ses hôpitaux, de sa démocratie, de ses paysages, de ses inégalités ou de la situation de ses habitants manifeste finalement assez peu d’attachement à la communauté nationale.


À l’inverse, celui qui critique certains dysfonctionnements peut précisément le faire parce qu’il tient à son pays.

Pourquoi dénoncer l’affaiblissement de l’hôpital si l’on ne se souciait pas de la société dans laquelle on vit ? Pourquoi lutter contre les inégalités si l’on n’éprouvait aucune responsabilité envers les autres membres de la communauté ?Pourquoi vouloir réformer nos institutions si l’on était totalement indifférent à leur avenir ?


La critique peut être une exigence née de l’attachement.


Aimer son pays ne signifie pas lui dire qu’il est parfait. Cela peut signifier refuser qu’il se contente de ses imperfections.


Une nation n’appartient pas à ceux qui parlent le plus fort de son identité


Il faut aussi refuser une autre idée : celle selon laquelle certaines personnes seraient davantage propriétaires de la France que d’autres.


Une nation ne devrait pas être définie uniquement par l’origine. On peut naître en France et ne ressentir aucun attachement particulier envers elle. On peut naître à plusieurs milliers de kilomètres, venir y vivre et devenir profondément attaché à sa culture, à sa société, à ses valeurs et à son avenir.


L’appartenance nationale devrait donc être pensée aussi comme une participation à une communauté politique. Celui qui habite un territoire, respecte ses règles démocratiques, participe à sa vie économique et sociale, construit quelque chose avec les autres et se préoccupe de son avenir peut légitimement développer un sentiment patriotique.


La patrie ne devrait pas être un héritage biologique. Elle devrait être une aventure collective.


Ne pas abandonner le patriotisme à la droite


La gauche aurait donc tort d’abandonner complètement le vocabulaire de la nation et du patriotisme à la droite et à l’extrême droite.


Parce que lorsqu’un camp politique abandonne certains mots, il abandonne aussi une partie de leur définition. Si la gauche refuse systématiquement de parler de nation, d’histoire nationale, de culture commune ou de patriotisme, d’autres s’en chargeront.


Et ils les définiront à leur manière.

La nation deviendra alors exclusivement une frontière.

Le patriotisme, une opposition aux étrangers.

L’identité, une obsession des origines.

L’histoire, un récit glorieux débarrassé de toutes ses contradictions.


Il existe pourtant une autre voie : Un patriotisme républicain, social, populaire et démocratique ouvert sur le monde.


Un patriotisme qui ne dit pas : « La France avant tous les autres. »

Mais : « La France avec les autres. »


Un patriotisme qui ne cherche pas à démontrer la supériorité de notre pays, mais à nous rappeler notre responsabilité envers lui.


Être fier sans être aveugle


La fierté nationale elle-même ne devrait pas être un sentiment interdit. Nous pouvons être fiers de certaines choses.


Fiers lorsque notre pays produit de grandes œuvres.

Fiers de certaines découvertes scientifiques.

Fiers de certaines conquêtes sociales.

Fiers lorsque notre démocratie progresse.

Fiers lorsque la France défend les droits humains.

Fiers de certaines figures historiques.

Fiers de notre patrimoine.

Fiers de nos paysages.

Fiers de certaines traditions populaires.


Mais cette fierté n’est légitime que si elle accepte aussi la lucidité. Une nation suffisamment sûre d’elle-même devrait être capable de regarder son histoire entière. Un pays adulte n’a pas besoin d’une légende.


Le patriotisme comme responsabilité envers les générations suivantes


Peut-être faut-il finalement renverser notre manière de penser le patriotisme.


Nous le regardons beaucoup trop vers le passé : Quels étaient nos rois ? Quelles guerres avons-nous gagnées ? Quelle était la puissance de notre empire ? Quelle est notre ancienne grandeur ?


Mais le patriotisme peut surtout regarder vers l’avenir.


La question n’est alors plus seulement : « De quel pays avons-nous hérité ? »

Elle devient : « Quel pays allons-nous transmettre ? »


Transmettrons-nous des services publics solides ? Une démocratie vivante ? Une société plus égalitaire ? Des institutions auxquelles les citoyens font confiance ? Des paysages préservés ? Une école capable de donner réellement sa chance à chacun ? Une économie capable de produire sans détruire son environnement ? Une société dans laquelle les générations futures pourront mener une vie digne ?


Voilà peut-être le patriotisme qui mérite d’être défendu.


Non pas seulement la fierté de ce que les morts ont accompli mais la responsabilité de ce que les vivants feront de leur héritage.


La France comme idéal universel


Mais la France n’est pas seulement un territoire, une nation, des frontières ou une histoire commune. Elle est aussi une idée, une ambition.


Celle de faire vivre des principes qui, en théorie, dépassent largement les frontières françaises : la liberté, l’égalité, la fraternité, les droits de l’homme, la souveraineté populaire, l’émancipation et l’idée qu’un individu doit pouvoir être reconnu comme citoyen indépendamment de son origine, de sa naissance ou de sa religion.


C’est sans doute l’une des dimensions les plus particulières de l’identité française : la France s’est souvent pensée elle-même comme porteuse d’un idéal qui ne devait pas être réservé aux Français.


Cela ne signifie évidemment pas qu’elle ait toujours été à la hauteur de cet idéal. Bien au contraire. Notre histoire est remplie de contradictions entre les principes proclamés et la réalité. La France a pu défendre l’égalité tout en maintenant l’esclavage. Proclamer l’universalité des droits tout en construisant un empire colonial. Célébrer la liberté tout en privant certains peuples ou certaines catégories de population de cette même liberté

.

Mais ces contradictions ne doivent pas conduire à abandonner l’idéal.


Elles doivent nous obliger à le prendre davantage au sérieux. Car aimer la France peut aussi consister à lui demander constamment d’être à la hauteur de ce qu’elle affirme être.


Il existe donc quelque chose dans l’idée française qui dépasse la simple appartenance nationale. On peut aimer la France pour ses paysages, sa langue, sa culture, ses villes, ses villages, son patrimoine et son histoire. Mais on peut aussi aimer ce qu’elle promet.

L’idée qu’un être humain ne devrait pas valoir davantage qu’un autre en fonction de sa naissance.

L’idée que la liberté doit appartenir à chacun.

Que l’égalité ne doit pas rester un principe abstrait.

Que la fraternité ne devrait pas s’arrêter à ceux qui nous ressemblent.

Et c’est précisément là que patriotisme et universalisme peuvent se rejoindre.


Si nous sommes attachés à la France parce qu’elle porte cette ambition, alors vouloir que la liberté, l’égalité et la fraternité dépassent un jour toutes les frontières n’est pas renoncer à notre pays.


Ce n’est même pas contradictoire avec le patriotisme. C’est prolonger jusqu’au bout l’un de ses idéaux les plus forts.


La France ne serait alors pas seulement quelque chose que nous cherchons à préserver pour nous-mêmes. Elle serait aussi une certaine conception de la société que nous souhaiterions voir progresser partout où elle peut faire avancer la dignité humaine.


Et peut-être est-ce aussi cela, aimer son pays : ne pas seulement être fier de ce qu’il est, mais continuer à croire dans ce qu’il pourrait devenir et dans ce qu’il peut offrir d’universel au reste du monde.


Aimer la France comme une réalité, pas comme une légende


Je peux donc aimer la France.

Aimer ses paysages.

Sa langue.

Ses villages.

Ses villes.

Ses œuvres.

Son histoire.

Son patrimoine.

Ses grandes figures.

Ses contradictions même, parce qu’elles font partie d’une histoire humaine infiniment plus intéressante qu’un récit parfaitement lisse.


Je peux reconnaître sa grandeur et je peux, dans le même mouvement, critiquer profondément son histoire coloniale, son passé esclavagiste, certaines de ses monarchies, ses empires, ses guerres, ses discriminations et les injustices qu’elle continue de produire.


Ces deux sentiments ne s’annulent pas. Ils se complètent.


Car aimer son pays ne devrait jamais signifier le transformer en mythe. Je ne veux pas aimer une France imaginaire, parfaite, éternellement glorieuse et toujours innocente.


Je préfère aimer la France réelle.

Une France capable du meilleur comme du pire.

Une France qui a produit des idées universelles tout en les trahissant parfois.

Une France qui a connu la grandeur et la violence.

Une France qui continue d’évoluer.


Et justement parce que je l’aime, je souhaite qu’elle continue de progresser.


C’est peut-être cela, au fond, le patriotisme de gauche.

Aimer profondément son pays sans croire qu’il vaut davantage que les autres.

Être fier de certaines parties de son histoire sans en effacer les crimes.

Défendre ce qu’il a construit de précieux tout en transformant ce qu’il produit d’injuste.

Accepter qu’un jour les frontières aient peut-être beaucoup moins d’importance qu’aujourd’hui, tout en comprenant que l’humanité se construit progressivement et que les nations sont encore une réalité profondément structurante.


Et surtout comprendre que nous n’avons pas à choisir entre la France et le monde.

Nous pouvons aimer notre pays tout en rêvant d’une humanité plus unie.

Nous pouvons avoir des racines sans construire des murs.

Nous pouvons avoir une patrie sans avoir besoin d’ennemis.


Et nous pouvons être fiers de ce que nous avons reçu tout en nous donnant une responsabilité beaucoup plus importante encore : faire en sorte que les générations suivantes aient davantage de raisons que nous d’aimer le pays dont elles hériteront.

 
 
 

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