Produire plus

Il y a un mot que la gauche semble parfois avoir abandonné à la droite : la croissance.
À droite, elle est souvent présentée comme une fin en soi. Il faudrait retrouver la croissance, libérer la croissance, accélérer la croissance, comme si toute augmentation du produit intérieur brut constituait nécessairement une bonne nouvelle. À gauche, le mot suscite davantage de méfiance. Et cette méfiance n’est pas sans fondement. Nous savons désormais qu’une économie ne peut pas considérer éternellement les ressources naturelles comme inépuisables, que produire davantage peut signifier extraire davantage, transporter davantage, polluer davantage et jeter davantage. Face à cette réalité, certains en viennent à défendre la décroissance comme horizon économique.
Entre le culte de la croissance et son rejet, nous refusons pourtant de choisir.
Car un pays qui veut améliorer les salaires, financer ses services publics et sa protection sociale, investir dans la transition écologique, réduire durablement le poids de sa dette et retrouver une part de souveraineté économique ne peut pas se contenter de mieux répartir les richesses existantes. Il doit aussi être capable d’en créer de nouvelles.
La gauche ne peut donc abandonner la question de la production à la droite.
Elle doit simplement la poser autrement.
La véritable question n’est pas de savoir s’il faut produire toujours plus. Elle est de savoir ce que nous voulons produire davantage, ce que nous devons produire moins, comment nous voulons produire, où nous voulons produire et comment la richesse créée doit être répartie.
Toutes les croissances ne se valent pas
Commençons par une évidence trop souvent oubliée : le PIB mesure principalement une production économique. Il ne mesure ni le bonheur, ni la justice sociale, ni la qualité de notre environnement.
Certaines activités peuvent ainsi augmenter le PIB sans réellement améliorer notre bien-être. Une catastrophe naturelle provoque des dépenses de reconstruction. Une pollution entraîne des dépenses de dépollution. Des accidents nécessitent des réparations, des soins et des interventions. Ces activités produisent de la valeur économique comptabilisée, mais personne ne souhaiterait multiplier les catastrophes, les pollutions ou les accidents pour soutenir la croissance.
À l’inverse, certaines productions dont nous avons profondément besoin doivent augmenter. Nous devons construire des logements, rénover ceux qui existent, développer les transports collectifs, produire davantage d’énergie décarbonée, moderniser nos réseaux, renforcer notre industrie, fabriquer certains médicaments et équipements essentiels, investir dans la recherche, améliorer notre autonomie alimentaire, développer le recyclage et construire les infrastructures nécessaires à la transition écologique.
Voilà pourquoi l’opposition simpliste entre croissance et décroissance nous mène dans une impasse.
Nous devons accepter et parfois organiser la diminution de certaines productions lorsqu’elles sont inutilement polluantes, excessivement consommatrices de ressources ou facilement substituables. Mais nous devons simultanément provoquer une croissance massive de toutes les activités indispensables à notre avenir.
Notre objectif n’est donc ni une croissance aveugle ni une décroissance généralisée.
Nous voulons une croissance choisie : une économie capable de distinguer ce qui mérite de croître de ce qui doit diminuer, et qui cesse de confondre augmentation de la production et amélioration automatique de la société.
Une entreprise produit d’abord parce qu’elle peut vendre
Depuis des décennies, une grande partie de notre politique économique repose pourtant sur une logique différente : améliorer les conditions de production des entreprises en espérant qu’elles investiront, embaucheront et produiront davantage.
Baisses de prélèvements, exonérations, crédits d’impôt, subventions et aides diverses sont ainsi justifiés par une même promesse : en améliorant la situation financière des entreprises, nous favoriserions mécaniquement l’investissement, puis l’emploi et enfin la croissance.
Il serait caricatural d’affirmer que toute politique de l’offre est inutile. Certaines peuvent être parfaitement justifiées. Une industrie confrontée à des coûts énergétiques exceptionnels, une entreprise qui doit financer un investissement particulièrement lourd, un secteur stratégique que nous voulons développer ou une activité innovante nécessitant un soutien initial peuvent légitimement bénéficier de l’intervention publique.
Le problème apparaît lorsque l’aide devient générale, durable et insuffisamment conditionnée.
Car une entreprise n’embauche pas simplement parce que ses impôts diminuent. Elle ne construit pas automatiquement une nouvelle usine parce que ses marges augmentent. Elle n’accroît pas durablement sa production uniquement parce que produire lui coûte moins cher.
Elle le fait lorsqu’elle pense pouvoir vendre davantage.
On peut donc améliorer considérablement les conditions de production d’une entreprise : si ses carnets de commandes restent vides, elle n’a aucune raison économique de multiplier les machines, les usines et les salariés.
Et lorsque les aides publiques ne déclenchent pas les investissements espérés, elles peuvent simplement améliorer les marges, renforcer la trésorerie, permettre une distribution accrue aux propriétaires du capital ou financer des investissements qui auraient eu lieu même sans intervention publique.
Dans ce cas, la collectivité supporte le coût sans avoir la garantie d’obtenir le bénéfice attendu.
Le problème n’est donc pas d’aider les entreprises. Une puissance publique ambitieuse doit parfois le faire.
Le problème est de dépenser des milliards sans savoir précisément ce que la société obtient en échange.
Remettre la demande au cœur de l’économie
Il faut alors repartir d’une mécanique économique assez simple : une économie ne produit durablement que si quelqu’un achète ce qu’elle produit.
La demande globale repose principalement sur la consommation des ménages, l’investissement, les dépenses publiques et les exportations, auxquelles il faut retrancher les importations. Une véritable politique de croissance doit donc agir sur plusieurs de ces moteurs en même temps plutôt que d’attendre qu’un soutien indistinct à l’offre entraîne miraculeusement tout le reste.
Le premier levier est la consommation.
Lorsqu’un ménage dispose d’un revenu supplémentaire et le dépense, cette dépense devient le revenu d’un autre agent économique. L’achat effectué dans un commerce participe à son chiffre d’affaires, permet de rémunérer ses salariés et entraîne des commandes auprès de ses fournisseurs. Les revenus ainsi distribués génèrent à leur tour de nouvelles dépenses.
C’est le principe du multiplicateur keynésien : une dépense initiale peut provoquer une succession de revenus et de dépenses dont l’effet total sur l’activité dépasse l’impulsion de départ.
Cela signifie qu’une politique de redistribution n’est pas nécessairement l’ennemie de la croissance. Elle peut au contraire en devenir l’un des moteurs.
Et tous les euros distribués n’ont pas le même effet économique. Les ménages modestes et une grande partie des classes moyennes consacrent généralement une part plus importante d’un revenu supplémentaire à la consommation que les ménages les plus aisés, qui disposent d’une capacité d’épargne supérieure. Redonner du pouvoir d’achat à ceux qui consomment une grande partie de leurs revenus peut donc soutenir plus directement la demande.
Augmenter les revenus du travail, soutenir les bas et moyens revenus, diminuer certaines dépenses contraintes ou mieux redistribuer les richesses ne relève ainsi pas seulement de la justice sociale. Cela peut également constituer une politique économique de relance.
Mais il serait tout aussi naïf de s’arrêter là.
Relancer la consommation, mais pour acheter quoi ?
Une relance par la demande possède en effet une faiblesse majeure lorsque l’appareil productif national n’est pas capable d’y répondre.
Si nous augmentons le pouvoir d’achat des ménages français mais que la consommation supplémentaire porte massivement sur des biens fabriqués ailleurs, une partie de l’impulsion économique quitte immédiatement notre territoire. Nous soutenons la demande française, mais aussi la production étrangère. Les importations augmentent, notre déficit commercial peut se creuser et une partie du multiplicateur espéré disparaît à l’extérieur.
La réponse ne peut évidemment pas consister à interdire aux Français d’acheter des produits étrangers ou à prétendre produire absolument tout sur notre territoire.
Elle consiste à faire en sorte qu’ils disposent de davantage d’alternatives françaises et européennes suffisamment accessibles, performantes et désirables pour être choisies.
C’est ici que la politique de la demande et la politique productive doivent enfin cesser de s’opposer.
Soutenir la demande sans renforcer notre production, c’est risquer d’importer notre relance. Renforcer notre production sans soutenir suffisamment la demande, c’est produire en espérant trouver ensuite des acheteurs. Une stratégie économique cohérente doit faire les deux.
La relance de la consommation doit donc être accompagnée d’une politique de reconstruction de nos capacités productives.
Non pas pour rechercher une impossible autarcie, mais pour décider collectivement que certaines dépendances sont devenues trop importantes.
Énergie, médicaments, alimentation, transports, composants stratégiques, technologies essentielles, numérique, recyclage ou certaines productions industrielles : nous devons identifier les secteurs dans lesquels notre dépendance constitue une fragilité économique, sociale ou géopolitique.
C’est ici qu’une politique de l’offre peut retrouver toute sa pertinence.
Mais elle change alors radicalement de nature.
Il ne s’agit plus de distribuer indistinctement de l’argent aux entreprises en espérant qu’il finira par produire de l’investissement. Il s’agit d’utiliser l’argent public pour développer des capacités productives précisément identifiées.
Les aides deviennent ciblées, temporaires lorsque cela est possible et surtout conditionnées à des engagements vérifiables : investissement, emploi, formation, recherche, décarbonation, implantation productive, maintien d’activités stratégiques ou développement des exportations.
L’entreprise demeure libre de ses choix.
Mais la collectivité demeure libre des siens.
Lorsqu’une entreprise sollicite l’argent public, il n’est ni radical ni hostile à l’économie de marché de demander ce que la société recevra en retour.
Investir plutôt que simplement dépenser
Le deuxième grand moteur de notre stratégie doit être l’investissement public.
Cela pourrait sembler contradictoire avec notre volonté de reprendre progressivement le contrôle de la dette publique. Ça ne l’est pas, à condition de distinguer clairement deux réalités que nous avons trop souvent mélangées : financer le présent et préparer l’avenir.
Emprunter année après année pour couvrir des dépenses courantes signifie reporter une partie du coût de notre fonctionnement actuel sur les générations suivantes. Emprunter pour construire une infrastructure qui fonctionnera pendant cinquante ans pose une question différente.
Une ligne ferroviaire, un réseau électrique modernisé, une université, un laboratoire, une infrastructure numérique, une rénovation énergétique ou un grand équipement public représentent une dépense immédiate, mais leurs bénéfices peuvent s’étendre sur plusieurs décennies. Ils améliorent les infrastructures disponibles, augmentent parfois la productivité, facilitent l’activité économique et renforcent nos capacités futures.
C’est pourquoi nous défendons la création d’un véritable budget d’investissement public, clairement séparé des dépenses courantes et soumis à une évaluation rigoureuse des projets financés.
La dette ne doit plus servir à éviter indéfiniment les choix budgétaires. Mais le refus absolu de l’endettement serait tout aussi absurde s’il nous conduisait à renoncer à des investissements indispensables et rentables pour la société.
Nous devons investir dans l’énergie, les transports, l’éducation, la recherche, le numérique, les infrastructures, la transition écologique et les capacités industrielles stratégiques, non pour gonfler artificiellement la dépense publique, mais pour augmenter durablement notre potentiel économique et notre patrimoine collectif.
Faire de la transition écologique un moteur de prospérité
C’est précisément ici que l’opposition entre écologie et croissance doit être dépassée.
La transition écologique nécessite des investissements considérables. Il faut rénover des millions de logements, transformer nos réseaux énergétiques, développer les transports collectifs, adapter nos villes, modifier nos procédés industriels, améliorer l’efficacité énergétique, développer le recyclage, réparer davantage et inventer de nouvelles technologies.
Toutes ces transformations nécessitent des travailleurs, des entreprises, des ingénieurs, des techniciens, des chercheurs, des machines, des infrastructures et des investissements. Autrement dit : elles nécessitent de la production.
L’écologie ne consiste donc pas nécessairement à produire moins de tout. Elle consiste à transformer ce que nous produisons et la manière dont nous le produisons, tout en réduisant notre consommation de ressources et nos impacts environnementaux.
La transition écologique peut ainsi devenir l’un des plus grands programmes d’investissement, d’innovation et de transformation industrielle de notre histoire.
Encore faut-il cesser de la présenter uniquement comme une accumulation d’interdictions, de contraintes et de sacrifices.
Elle peut aussi être une formidable politique économique.
Produire français ne suffit pas : encore faut-il vendre français
Une économie ne peut cependant pas reposer uniquement sur sa demande intérieure.
La France doit également produire des biens et des services que le reste du monde souhaite acheter.
Cela suppose d’être compétitif. Mais là encore, le mot mérite d’être repris à ceux qui l’ont enfermé dans une définition beaucoup trop étroite.
La compétitivité ne consiste pas uniquement à diminuer le coût du travail, les impôts ou les protections sociales.
Un pays peut être compétitif par la qualité de ses produits, son innovation, ses infrastructures, la qualification de sa main-d’œuvre, son avance technologique, son design, la fiabilité de ses entreprises, la qualité de ses services ou sa capacité à occuper des secteurs dans lesquels le prix n’est pas le seul critère de décision. C'est le cas de la France.
Nous devons donc chercher à vendre mieux, plutôt que vouloir éternellement produire moins cher.
Une économie développée ne gagnera jamais durablement une compétition mondiale fondée uniquement sur celui qui accepte les salaires les plus faibles, les normes sociales les moins protectrices et les contraintes environnementales les plus faibles.
Et nous ne devrions même pas souhaiter la gagner.
Exporter des produits, mais aussi un imaginaire
La France possède dans cette compétition un avantage considérable qu’elle exploite encore insuffisamment : son image dans le monde.
Notre gastronomie, notre patrimoine, notre culture, notre mode, notre luxe, notre littérature, notre cinéma, notre langue, notre histoire et une certaine représentation de l’art de vivre français constituent déjà un immense capital symbolique.
Ce soft power n’est pas seulement une affaire de prestige ou de diplomatie.
Il possède aussi une valeur économique.
Lorsqu’un pays devient culturellement attractif, ses produits peuvent bénéficier de cette attractivité. Acheter un produit étranger, c’est parfois acheter une part de l’imaginaire associé au pays qui l’a fabriqué.
Nous devons donc considérer notre rayonnement culturel comme l’une des dimensions de notre stratégie économique, sans évidemment réduire la culture à sa seule rentabilité commerciale.
Audiovisuel, cinéma, création artistique, enseignement du français, universités, recherche, gastronomie, tourisme, événements internationaux, coopération scientifique et diplomatie participent tous à la construction de l’image française.
Mais nous devons également renouveler cet imaginaire.
La France ne peut pas seulement être perçue comme le pays de Paris, des châteaux, du vin, de la mode et du luxe. Elle doit aussi pouvoir devenir une référence internationale dans l’énergie décarbonée, le ferroviaire, l’aéronautique, la santé, l’intelligence artificielle, les technologies environnementales, la recherche, le design et l’industrie de haute qualité.
Nous devons faire du « produit en France » non seulement une indication d’origine, mais une promesse de qualité, d’innovation, de responsabilité sociale et d’exigence environnementale.
Une diplomatie au service de notre économie
Cette ambition suppose enfin une véritable diplomatie économique.
Nos relations internationales doivent aussi permettre aux entreprises françaises d’accéder à de nouveaux marchés, notamment aux petites et moyennes entreprises qui disposent rarement, seules, des moyens nécessaires pour s’internationaliser.
La France doit rechercher des accords commerciaux équilibrés et défendre avec ses partenaires européens une conception du commerce fondée sur la réciprocité.
Nous ne pouvons pas demander à nos producteurs de respecter des normes sociales, sanitaires et environnementales élevées puis les mettre en concurrence, sans aucune protection, avec des productions qui ne répondent pas aux mêmes exigences.
Le libre-échange ne peut pas signifier la liberté de contourner ailleurs les règles que nous avons démocratiquement choisies ici.
L’Union européenne doit alors devenir un multiplicateur de puissance. Son immense marché intérieur, ses normes, ses capacités scientifiques, industrielles et financières et son poids commercial peuvent lui permettre de négocier avec les autres grandes puissances d’une position beaucoup plus forte que chacun de ses États pris isolément.
L’objectif n’est pas de fermer la France au monde.
Il est de cesser d’être naïfs dans un monde qui ne l’est pas.
Et si nous réussissons, qui récupérera la richesse ?
Il reste pourtant une question essentielle.
Imaginons que cette politique fonctionne. La consommation repart, les entreprises investissent, de nouvelles activités apparaissent, les infrastructures s’améliorent, les exportations progressent, la productivité augmente et le PIB retrouve une croissance durable.
Très bien.
Mais qui récupère cette richesse supplémentaire ?
Car une croissance dont les fruits seraient captés par une minorité ne constituerait jamais notre projet politique.
Nous ne voulons pas simplement produire davantage. Nous voulons que cette production permette effectivement de vivre mieux.
Cela suppose que la richesse supplémentaire se retrouve dans les salaires, l’investissement, les services publics, la protection sociale et l’amélioration des conditions de travail, tout en permettant une juste rémunération de ceux qui apportent du capital, prennent des risques et participent au développement des entreprises.
C’est ici que production et redistribution deviennent indissociables.
La gauche a parfois donné l’impression de ne parler que du partage du gâteau, comme si sa taille était définitivement donnée. La droite affirme souvent qu’il suffirait de l’agrandir pour que chacun finisse naturellement par recevoir sa part.
Ces deux raisonnements sont incomplets.
Nous devons agrandir le gâteau, changer sa recette et mieux le partager.
Créer davantage de richesse ne dispense jamais de se demander comment elle est répartie. Mais vouloir mieux répartir la richesse ne dispense pas davantage de se demander comment elle est créée.
Notre objectif n’est pas la croissance. C’est la prospérité.
Peut-être faut-il finalement dépasser le mot autour duquel nous avons construit tout ce débat.
Notre ambition n’est pas d’obtenir quelques dixièmes de points supplémentaires de PIB afin qu’un gouvernement puisse annoncer triomphalement que « la croissance est revenue ».
Notre objectif est la prospérité.
Une société prospère n’est pas simplement une société qui produit davantage que l’année précédente. C’est une société capable de répondre aux besoins de sa population sans compromettre ceux des générations futures. Une société qui innove, investit et dispose d’infrastructures solides. Une société qui rémunère correctement le travail, protège ses ressources et finance durablement son modèle social. Une société suffisamment productive pour conserver sa capacité d’action et suffisamment souveraine pour ne pas dépendre entièrement des décisions prises ailleurs.
Et surtout, une société dans laquelle l’enrichissement collectif se traduit réellement par une amélioration de la vie.
Voilà la politique économique que la gauche devrait être capable de défendre.
Une politique qui refuse aussi bien l’appauvrissement comme horizon écologique que la croissance infinie comme horizon économique. Une politique qui ne distribue plus des milliards aux entreprises sans objectifs précis, mais qui ne considère pas non plus l’entreprise et la production comme des adversaires. Une politique qui redistribue les richesses sans oublier qu’elles doivent d’abord être produites, et qui encourage leur production sans oublier qu’elles doivent ensuite être justement réparties.
Cela suppose une stratégie cohérente : soutenir le pouvoir d’achat et la consommation, investir dans l’avenir, reconstruire certaines capacités productives, accompagner les entreprises lorsque l’intérêt collectif le justifie, réussir la transition écologique, développer nos exportations, renforcer notre influence internationale et organiser un partage plus juste de la richesse créée.
Ce projet n’est ni celui de la croissance à tout prix, ni celui de la décroissance par principe.
Il consiste à produire davantage de ce qui améliore nos vies, moins de ce qui détruit notre avenir, et mieux dans tous les cas.
Produire pour répondre à nos besoins.
Produire pour retrouver notre capacité d’agir.
Produire pour financer notre modèle social.
Produire pour préparer l’avenir.
Mais ne jamais oublier pourquoi nous produisons.
Car une économie n’est pas une fin en soi. Elle n’a de sens que lorsqu’elle est mise au service de la société.
Nous ne devons pas vivre pour produire davantage. Nous devons produire suffisamment, et mieux, pour pouvoir vivre davantage.
Et finalement, la question n’a jamais vraiment été de savoir si nous étions pour ou contre la croissance.
La seule question qui mérite d’être posée est celle-ci : qu’est-ce que nous voulons faire croître ?



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