Soyons immatures

Il arrive un moment étrange dans une vie où certaines choses que l’on faisait naturellement commencent à devoir être justifiées. Rire trop fort devient gênant. S’enthousiasmer pour presque rien paraît naïf. Jouer semble enfantin. Rêver trop grand devient irréaliste. Faire l’idiot, danser sans raison, s’émerveiller, perdre son temps ou simplement ne pas se prendre au sérieux peuvent soudain donner l’impression que l’on n’a pas suffisamment grandi.
On appelle souvent cela la maturité.
À mesure que nous avançons dans l’âge adulte, une série d’attentes s’installe. Il faudrait devenir plus raisonnable, plus stable, plus mesuré. Il faudrait apprendre à contrôler davantage ce que l’on ressent, à organiser sa vie, à penser à l’avenir, à accepter certaines contraintes et, progressivement, à laisser derrière soi une partie de l’insouciance qui aurait appartenu à l’enfance.
Une part de cette évolution est évidemment nécessaire. Grandir, c’est apprendre à assumer ses décisions, respecter ses engagements, prendre en considération les autres, accepter les conséquences de ses actes et comprendre que nos désirs ne peuvent pas toujours devenir immédiatement la réalité. Cette maturité-là est précieuse.
Mais ce n’est pas toujours de cela que nous parlons lorsque nous disons à quelqu’un qu’il devrait « être plus mature ».
Derrière ce mot se cache souvent autre chose : une injonction au sérieux.
Et c’est peut-être là que commence le problème.
Quand grandir signifie devenir sérieux
Notre société entretient une confusion profonde entre maturité et gravité.
Nous associons spontanément l’âge adulte à la maîtrise, à la retenue et à une certaine forme de sobriété. Quelqu’un qui organise sa vie, travaille, parle avec mesure, contrôle ses émotions et paraît constamment raisonnable donne facilement l’image d’une personne mature. À l’inverse, celui qui plaisante beaucoup, s’enthousiasme facilement, fait parfois l’idiot ou refuse de se prendre trop au sérieux peut rapidement être considéré comme immature.
Pourtant, rien ne permet réellement d’opposer ces attitudes.
On peut être profondément responsable et continuer à jouer. On peut tenir ses engagements tout en aimant l’absurde. On peut être compétent, fiable, cultivé, attentif aux autres et conserver une capacité presque enfantine à s’émerveiller. Un adulte peut parfaitement exercer un métier exigeant, prendre soin de sa famille, gérer ses obligations et, quelques heures plus tard, chanter faux dans son salon, construire quelque chose pour le plaisir, regarder un dessin animé ou rire pendant dix minutes d’une plaisanterie parfaitement idiote.
Il n’existe aucune contradiction entre ces deux dimensions de l’existence.
Nous avons simplement appris à penser qu’il devrait y en avoir une.
C’est peut-être parce que notre société ne demande pas seulement aux adultes d’être responsables. Elle leur demande également d’avoir l’air de l’être.
Or le sérieux constitue l’un des moyens les plus simples de donner cette impression.
Nous avons ainsi fini par faire de la gravité une sorte de preuve sociale de maturité. Plus une personne paraît contrôlée, stable et raisonnable, plus elle semble adulte. Plus elle manifeste spontanément sa joie, son enthousiasme ou sa fantaisie, plus elle risque d’être ramenée symboliquement vers l’enfance.
Cette association est pourtant profondément artificielle.
La responsabilité concerne nos actes. Le sérieux concerne surtout la manière dont nous les présentons.
La maturité comme apprentissage de la conformité
Il existe peut-être derrière cette conception de la maturité quelque chose de plus profond.
Devenir adulte signifie également apprendre progressivement les règles du monde dans lequel nous vivons. Il faut travailler, gagner sa vie, gérer son argent, remplir des obligations administratives, respecter des horaires, anticiper l’avenir et s’inscrire dans différentes institutions. Rien de tout cela n’est absurde : une société ne pourrait probablement pas fonctionner si chacun ignorait systématiquement ses responsabilités.
Le problème apparaît lorsque nous transformons ces nécessités pratiques en modèle général de l’existence.
L’adulte idéal devient alors celui qui est stable, productif, prévisible et raisonnable. Il travaille, organise son avenir, construit une carrière, gère ses dépenses, prévoit sa retraite et apprend progressivement à considérer certaines de ses anciennes aspirations comme des rêves de jeunesse.
Ce modèle peut parfaitement correspondre à certaines personnes. Ce qui devient problématique, c’est lorsqu’il cesse d’être une possibilité parmi d’autres pour devenir une norme implicite.
Nous construisons alors une sorte de calendrier social de la réussite adulte. À certains âges devraient correspondre certaines étapes : terminer ses études, trouver un emploi stable, construire une carrière, former un couple, éventuellement avoir des enfants, acheter un logement, épargner, préparer l’avenir. Celui ou celle qui suit cette trajectoire paraît avoir « réussi sa vie ». Celui qui s’en éloigne doit souvent expliquer pourquoi.
La maturité risque alors de ne plus désigner notre capacité à choisir notre existence, mais notre capacité à correspondre correctement à ce que l’on attend de nous.
Et il y a là un paradoxe remarquable.
L’âge adulte devrait être le moment où nous acquérons enfin suffisamment d’autonomie pour déterminer nous-mêmes ce que nous voulons faire de notre vie. Pourtant, c’est précisément à ce moment que beaucoup ressentent le plus fortement la pression de respecter un modèle déjà écrit.
À force d’être réalistes, nous apprenons parfois à renoncer
L’enfant possède une qualité que l’adulte perd progressivement : il considère beaucoup moins facilement le monde comme définitif.
Il demande pourquoi.
Pourquoi les choses fonctionnent-elles ainsi ? Pourquoi cette règle existe-t-elle ? Pourquoi ne pourrait-on pas faire autrement ? Pourquoi faudrait-il accepter cela ?
Puis nous grandissons et apprenons peu à peu la réponse la plus confortable de toutes : parce que c’est comme ça.
Nous appelons souvent cette évolution le réalisme.
Et il est vrai qu’une certaine confrontation au réel est indispensable. Nous découvrons que tout n’est pas possible, que nos choix ont un coût, que les ressources sont limitées, que nos actes ont des conséquences et que le monde ne se transforme pas simplement parce que nous souhaiterions qu’il soit différent.
Mais le réalisme possède lui aussi son excès.
À force de vouloir éviter la naïveté, nous pouvons finir par confondre lucidité et résignation. À force d’apprendre à connaître les contraintes, nous pouvons oublier que certaines d’entre elles peuvent être discutées, transformées ou supprimées. À force de nous répéter qu’il faut être raisonnables, nous pouvons réduire progressivement l’espace accordé à l’imagination.
Les rêves deviennent alors « irréalistes », les projets trop ambitieux paraissent « naïfs », les changements radicaux deviennent « utopiques » et celui qui refuse certaines évidences sociales est sommé de revenir à quelque chose de plus sérieux.
Pourtant, l’histoire humaine est remplie d’idées qui furent d’abord considérées comme impossibles, absurdes ou dangereusement irréalistes.
Le progrès repose en partie sur cette étrange capacité à regarder ce qui existe et à refuser d’en conclure que cela doit nécessairement continuer ainsi.
Nous avons donc besoin d’adultes capables de connaître le réel sans perdre la faculté de l’imaginer autrement.
Nous avons séparé le temps de vivre du temps des responsabilités
Notre conception de l’âge adulte produit également une étrange organisation symbolique de l’existence.
L’enfance serait le temps du jeu et de l’insouciance. La jeunesse serait celui de la découverte, des expériences et des premières libertés. Puis viendrait ce que l’on appelle parfois, sans même mesurer ce que cette expression suppose, « la vraie vie ».
La vraie vie serait celle des responsabilités.
Il faudrait désormais travailler, gérer, prévoir, économiser, organiser, anticiper et construire l’avenir. Le plaisir n’est évidemment pas interdit, mais il devient presque secondaire, quelque chose que l’on place autour des obligations lorsque suffisamment de temps demeure disponible.
Puis, après plusieurs décennies, viendrait éventuellement une nouvelle période où l’on pourrait enfin « profiter ».
Nous avons ainsi construit une représentation curieuse de l’existence dans laquelle la liberté semble devoir se concentrer aux deux extrémités de la vie : lorsque nous sommes trop jeunes pour avoir beaucoup de responsabilités et lorsque nous sommes suffisamment âgés pour en avoir enfin moins.
Entre les deux se trouverait le temps du sérieux.
Mais une vie humaine n’est pas une longue préparation à une existence qui commencerait plus tard.
Nous passons déjà énormément de temps à préparer les conditions de notre bonheur futur. Nous travaillons pour disposer de revenus, nous économisons pour être protégés demain, nous construisons des carrières pour être plus tranquilles plus tard. Tout cela peut être parfaitement rationnel, mais cette rationalité possède elle aussi une limite : il ne faudrait pas consacrer tellement de temps à préparer la vie que nous oubliions de la vivre.
Le bonheur n’est pas une récompense distribuée lorsque toutes les obligations ont enfin été accomplies.
Il devrait également exister pendant qu’elles le sont.
Le problème n’est peut-être pas que nous grandissions, mais que nous apprenions à avoir honte
Il existe une autre transformation silencieuse qui accompagne souvent le passage à l’âge adulte : nous devenons progressivement plus conscients du regard des autres.
Nous dansons moins facilement si nous pensons mal danser. Nous chantons moins spontanément si nous craignons de chanter faux. Nous hésitons davantage à exprimer un enthousiasme intense pour quelque chose que d’autres pourraient trouver ridicule. Certaines passions deviennent secrètes parce qu’elles semblent trop enfantines, trop populaires ou simplement pas assez sérieuses pour l’image que nous voulons donner de nous-mêmes.
Nous apprenons à nous observer.
Et, parfois, cette autocensure devient si naturelle que nous finissons par la confondre avec la maturité.
Pourtant, qu’y a-t-il réellement d’immature à rire trop fort avec ses amis, à danser maladroitement, à courir sous la pluie, à faire une bataille d’eau, à passer une soirée à jouer, à s’émerveiller devant un feu d’artifice ou à se passionner pour quelque chose que le reste du monde considère comme insignifiant ?
Rien.
Ce qui nous retient n’est généralement pas la responsabilité.
C’est la peur du ridicule.
Or accepter d’être parfois ridicule est peut-être précisément l’une des formes les plus intéressantes de liberté adulte.
Il faut une certaine confiance en soi pour ne plus avoir constamment besoin de paraître digne, sérieux ou impressionnant. Il faut même une forme de maturité pour accepter de ne pas contrôler en permanence l’image que l’on renvoie.
Le véritable adulte n’est peut-être pas celui qui ne fait jamais l’idiot.
C’est peut-être celui qui n’a plus besoin de prouver qu’il est adulte.
Tout ce qui compte n’a pas besoin d’être utile
L’enfance possède aussi une relation particulière à l’inutile.
Un enfant peut consacrer un temps considérable à une activité qui ne produit absolument rien. Construire une cabane, inventer une histoire, collectionner des pierres, observer des insectes, transformer un carton en vaisseau spatial ou rejouer cent fois la même scène peuvent suffire à remplir une journée.
Puis nous grandissons et une question apparaît de plus en plus souvent : « à quoi ça sert ? »
Cette question a son utilité. Elle nous permet d’organiser notre temps, de hiérarchiser nos priorités et d’éviter de disperser nos ressources.
Mais elle devient dangereuse lorsqu’elle colonise toute l’existence.
Car une part considérable de ce qui rend une vie humaine désirable ne « sert » objectivement à rien.
Une conversation interminable avec quelqu’un que l’on aime ne produit rien. Un coucher de soleil n’a aucune utilité économique. Un fou rire n’améliore aucune productivité. Écouter une chanson, regarder les étoiles, jouer, se promener sans destination ou rester longtemps autour d’une table après le repas n’ont aucune finalité autre qu’eux-mêmes.
Et c’est précisément pour cela qu’ils sont importants.
Nous vivons dans des sociétés qui ont appris à mesurer énormément de choses : la production, le temps, la performance, les revenus, la croissance, l’efficacité. Cette capacité est extrêmement utile pour organiser la vie collective, mais elle ne doit pas devenir notre manière de mesurer la valeur d’une existence.
Une vie parfaitement productive pourrait être profondément vide.
À l’inverse, une heure « perdue » peut parfois compter davantage que plusieurs semaines parfaitement optimisées.
Il faudrait peut-être réhabiliter cette idée simple : perdre son temps n’est pas toujours perdre sa vie.,C’est parfois exactement l’inverse.
Nous devrions également refuser la date de péremption des rêves
La société ne nous demande pas seulement de modifier nos comportements lorsque nous vieillissons. Elle établit également, de manière implicite, une sorte de date limite pour certaines aspirations.
À vingt ans, changer de voie semble normal. À quarante, cela devient une reconversion.
À quinze ans, vouloir devenir écrivain fait sourire. À cinquante, commencer un premier roman peut susciter cette question étrange : « pourquoi maintenant ? »
À trente ans, partir vivre ailleurs peut être considéré comme une aventure. Quelques décennies plus tard, le même projet risque d’être décrit comme une folie.
Comme si certains rêves perdaient progressivement leur légitimité à mesure que nous prenions de l’âge.
Mais pourquoi ?
Bien sûr, les contraintes évoluent. Nous pouvons avoir davantage de responsabilités, une famille, un emploi, des engagements ou simplement moins de temps disponible. Tout changement possède un coût réel qu’il serait absurde d’ignorer.
Mais reconnaître ces contraintes ne signifie pas accepter l’idée qu’un projet deviendrait ridicule uniquement parce qu’il arrive tard.
Il n’existe aucun âge obligatoire pour apprendre une langue, reprendre des études, tomber amoureux, changer de métier, voyager, apprendre un instrument, créer quelque chose, se passionner pour une nouvelle activité ou réinventer une partie de son existence.
Nous devrions cesser de traiter la vie comme une chronologie dont certaines portes se fermeraient automatiquement à mesure que nous avançons.
Vieillir n’est pas devenir progressivement prisonnier de celui que nous avons été.
Peut-être faut-il sauver la maturité de ce que nous en avons fait
Il serait finalement injuste de condamner la maturité elle-même.
Ce qu’il faut remettre en cause, c’est la définition appauvrie que nous en avons parfois construite.
La maturité ne devrait pas être la disparition de la spontanéité, mais la capacité à savoir quand elle peut s’exprimer. Elle ne devrait pas être l’abandon des rêves, mais la faculté de comprendre les contraintes sans leur abandonner toute notre imagination. Elle ne devrait pas être le règne du sérieux, mais la capacité à prendre au sérieux ce qui mérite réellement de l’être.
Être mature, ce n’est pas devenir austère.
C’est savoir que certaines choses ont des conséquences et agir en conséquence.
Un adulte peut donc être parfaitement capable d’assumer ses responsabilités tout en refusant de faire de la responsabilité l’unique contenu de son existence.
Il peut payer ses factures sans transformer la gestion financière en philosophie de vie. Il peut travailler sérieusement sans considérer que sa valeur se mesure exclusivement à sa productivité. Il peut anticiper l’avenir tout en acceptant parfois de vivre entièrement dans le présent.
Cette définition de la maturité est même, à bien des égards, plus exigeante.
Car suivre les normes établies demande parfois moins de courage que de déterminer soi-même ce qui compte réellement.
Grandir devrait nous rendre plus libres, pas plus ternes
C’est peut-être là le véritable paradoxe.
Pendant notre enfance, les adultes décident pour nous d’une grande partie de notre existence. Ils déterminent où nous vivons, à quelle heure nous dormons, où nous allons à l’école, ce que nous pouvons acheter et dans quelles limites nous pouvons organiser nos journées.
Nous rêvons alors souvent de grandir pour devenir libres.
Puis nous devenons adultes.
Et nous découvrons que nous pouvons effectivement faire beaucoup plus de choses qu’auparavant, mais que nous nous interdisons parfois nous-mêmes ce que personne ne nous interdit plus.
Personne ne nous empêche réellement de danser dans notre salon, de commencer une nouvelle passion, de rire comme des enfants, de faire quelque chose simplement parce que cela nous amuse ou de rêver d’une existence différente.
Nous avons seulement intégré l’idée que certaines choses ne se font plus « à notre âge ».
Quelle étrange utilisation de la liberté que celle qui consiste à devenir son propre gardien.
L’âge adulte devrait au contraire nous offrir quelque chose que l’enfance ne pouvait pas nous donner : la capacité de choisir consciemment ce que nous voulons conserver d’elle.
Nous ne sommes pas obligés de garder son irresponsabilité, sa dépendance ou son incapacité à mesurer certaines conséquences.
Mais nous pouvons garder sa curiosité.
Son imagination.
Son enthousiasme.
Sa faculté de trouver extraordinaire ce que les autres trouvent banal.
Sa capacité à jouer.
Son désir de poser des questions.
Et surtout cette étrange aptitude à vivre intensément quelque chose sans se demander constamment si cela est utile, respectable ou approprié.
Alors soyons immatures
Soyons suffisamment matures pour assumer nos responsabilités et suffisamment immatures pour ne pas leur sacrifier toute notre existence.
Travaillons sérieusement lorsque notre travail l’exige, respectons nos engagements, prenons soin des autres, acceptons les conséquences de nos choix et faisons notre part dans la société. Mais refusons l’idée selon laquelle devenir adulte devrait également signifier devenir plus terne, plus prévisible et moins capable de joie.
Continuons à rire trop fort lorsque quelque chose est vraiment drôle, à nous enthousiasmer excessivement pour ce que nous aimons, à faire parfois des choses inutiles simplement parce qu’elles nous rendent heureux. Continuons à jouer, à imaginer, à apprendre, à changer, à commencer de nouveaux projets et à nous émerveiller.
Et surtout, cessons de croire que ne pas se prendre constamment au sérieux signifie ne rien prendre au sérieux.
Ce sont deux choses profondément différentes.
On peut prendre au sérieux la dignité humaine, l’amitié, l’amour, la justice, nos responsabilités ou le bonheur des autres sans transformer chaque instant de notre existence en exercice de gravité.
Peut-être même qu’une société véritablement adulte serait celle qui permettrait à chacun de distinguer clairement ces deux choses : les moments où nous devons être responsables et ceux où nous avons simplement le droit d’être vivants.
Car grandir ne devrait jamais signifier abandonner ce qui nous faisait aimer la vie avant même que nous sachions ce qu’était la maturité.
La véritable maturité n’est peut-être finalement pas de tuer l’enfant que nous étions.
Elle consiste à devenir suffisamment libre pour décider nous-mêmes de ce que nous voulons en garder.



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