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Un parrain pour grandir

Photo du rédacteur: dylan rocque
dylan rocque
20 août
10 min de lecture

Nous demandons de plus en plus tôt aux jeunes de devenir autonomes. À l’entrée au collège, ils doivent apprendre à s’organiser, à prendre davantage de décisions et à trouver leur place dans un univers nouveau. Quelques années plus tard viennent les premiers choix d’orientation, puis les études, le travail, le logement, les démarches administratives et, à 18 ans, la majorité juridique.


Pourtant, cette autonomie se construit souvent dans un cadre assez étroit. Les parents restent naturellement les premiers adultes de référence et les professionnels de l’éducation, de la santé ou du travail social interviennent lorsqu’ils sont nécessaires. Entre les deux, il existe pourtant une place encore peu reconnue : celle d’un adulte choisi, proche du jeune, suffisamment présent pour l’accompagner dans la durée, mais suffisamment extérieur à la relation parentale pour lui offrir un autre espace de confiance.


Cette fonction existe déjà, au moins symboliquement, dans la figure du parrain et de la marraine. Héritée de la tradition religieuse, elle a été reprise dans le baptême civil ou parrainage républicain. Mais dans sa forme actuelle, ce dernier reste essentiellement une cérémonie : le titre est accordé, une promesse est formulée, puis chacun donne à cette relation le contenu qu’il souhaite.


Il serait possible d’en faire beaucoup plus.


La France pourrait créer un véritable parrainage républicain de confiance, conçu non comme la copie laïque d’un baptême religieux, mais comme un parcours d’accompagnement vers l’autonomie. Il commencerait à l’entrée au collège, évoluerait à l’entrée au lycée, serait confirmé à la majorité et s’achèverait progressivement à 25 ans.


Son principe serait simple : permettre à chaque jeune qui le souhaite de disposer d’un ou deux adultes supplémentaires sur lesquels il peut réellement compter.


Un premier engagement à l’entrée au collège


La première étape aurait lieu pendant l’année d’entrée en sixième, généralement autour de 11 ans.


Ce moment est particulièrement adapté. L’enfant quitte progressivement l’univers très encadré de l’école primaire, entre dans l’adolescence et commence à construire une autonomie plus importante. Il change d’établissement, multiplie les interlocuteurs, développe de nouvelles relations sociales et rencontre parfois ses premières véritables difficultés scolaires, personnelles ou relationnelles.


C’est à ce moment qu’un parrainage pourrait être proposé.


L’enfant et ses responsables légaux choisiraient ensemble une ou deux personnes de confiance. Il pourrait s’agir d’un parrain et d’une marraine, de deux parrains, de deux marraines ou d’une seule personne. Le sexe, le lien familial ou la situation personnelle de ces adultes n’auraient aucune importance : seul compterait le lien de confiance qui les unit au jeune.


Aucun adulte ne pourrait être imposé à l’enfant et aucun parrainage ne pourrait être instauré sans l’accord de ses responsables légaux tant qu’il est mineur.


Une cérémonie en mairie viendrait officialiser cet engagement. Le jeune, ses responsables légaux et le ou les parrains signeraient une charte définissant les principes du dispositif, ses limites et les engagements de chacun.


Mais l’objectif ne serait pas de créer un troisième parent.


Le parrain n’exercerait aucune autorité parentale. Il ne pourrait ni décider de la scolarité du jeune, ni prendre une décision médicale à sa place, ni gérer son argent, ni exercer une autorité disciplinaire. Sa fonction serait d’une autre nature : être un adulte de confiance durablement disponible.


Il pourrait écouter lorsque le jeune éprouve des difficultés à parler avec ses parents, l’aider à prendre du recul face à une situation, lui faire découvrir de nouvelles activités ou de nouveaux environnements, lui transmettre certaines connaissances et l’accompagner progressivement dans les apprentissages de l’autonomie.


Le parrainage ne retirerait donc rien aux parents. Il ajouterait simplement une personne au cercle des adultes sur lesquels l’enfant sait pouvoir compter.


À 15 ans, le parrainage change de dimension


Une seconde étape interviendrait autour de 15 ans, idéalement au moment de l’entrée au lycée.


Cette confirmation serait essentielle parce qu’elle ferait évoluer la place du jeune dans le dispositif. À 11 ans, le choix est construit avec les parents. À 15 ans, l’adolescent doit pouvoir décider beaucoup plus largement de la poursuite de cette relation.


Il pourrait confirmer ses parrains, n’en conserver qu’un, demander à en changer, en choisir de nouveaux ou mettre fin au parrainage.


Cette nouvelle étape correspondrait également à une évolution de leur rôle.


Au collège, le parrain est principalement un adulte-relais. Au lycée, il deviendrait davantage un mentor d’orientation et d’émancipation.


C’est à cet âge que les choix commencent à peser davantage sur l’avenir : voie générale, technologique ou professionnelle, spécialités, apprentissage, stages, études supérieures, premiers emplois ou projets de mobilité.


Ces décisions sont difficiles parce qu’un adolescent doit parfois choisir parmi des possibilités qu’il connaît mal. Les familles elles-mêmes ne disposent pas toutes des mêmes informations, des mêmes expériences ou des mêmes réseaux.


Le parrain pourrait alors apporter un regard supplémentaire. Son rôle ne serait jamais d’expliquer au jeune ce qu’il doit devenir, mais de l’aider à comprendre les choix qui s’offrent à lui, à rencontrer éventuellement des professionnels, à chercher des informations fiables et à formuler progressivement son propre projet.


Un entretien annuel pourrait être proposé comme repère. Non pas une évaluation, mais un moment consacré à une question simple : où en es-tu et de quoi as-tu besoin pour avancer ?


Ce parrainage pourrait ainsi contribuer, modestement mais concrètement, à réduire certaines inégalités de capital social. Un jeune dont la famille connaît peu l’enseignement supérieur, certains métiers ou certaines démarches disposerait d’un adulte supplémentaire susceptible de l’aider à trouver l’information et à élargir son horizon.


À 18 ans, le jeune devient seul maître de son parrainage


La troisième étape aurait lieu à la majorité.


À partir de ce moment, le principe changerait définitivement : les parents sortiraient du processus de décision. Le jeune majeur serait seul à choisir s’il souhaite maintenir ce lien institutionnel.


Il pourrait confirmer ses parrains, en changer, n’en conserver qu’un ou mettre un terme au dispositif.


Cette confirmation pourrait être associée à une véritable cérémonie républicaine de la majorité. L’entrée dans l’âge adulte ne se résume pas à l’obtention du droit de vote : elle entraîne une transformation profonde du statut juridique de la personne. À 18 ans, chacun devient responsable de ses contrats, de ses décisions administratives, de son logement, de son travail, de sa santé et de nombreuses démarches auparavant assumées ou accompagnées par ses représentants légaux.


Or la majorité juridique n’entraîne pas instantanément l’autonomie réelle.


Les années qui suivent concentrent au contraire un grand nombre de premières fois : premier logement, premiers contrats, études supérieures, premiers emplois, premières démarches fiscales, premières difficultés administratives ou financières, parfois premières réorientations importantes.


Entre 18 et 25 ans, le parrain deviendrait donc une personne de confiance de l’entrée dans la vie adulte.


Il pourrait aider à comprendre un contrat, réfléchir à une réorientation, préparer un entretien, identifier une aide publique, rechercher une information administrative ou simplement offrir un regard extérieur lorsqu’une décision importante doit être prise.


Là encore, il ne ferait jamais les choix à la place du jeune. Son rôle serait de rendre l’autonomie plus facile, pas de la retarder.


À 25 ans, le statut institutionnel prendrait fin. La relation personnelle pourrait évidemment continuer toute la vie, mais la République considérerait que le parcours d’accompagnement vers l’autonomie est arrivé à son terme.


Le dispositif suivrait ainsi une progression particulièrement lisible : à 11 ans, l’enfant choisit avec ses parents ; à 15 ans, l’adolescent confirme ; à 18 ans, le jeune adulte décide seul ; à 25 ans, l’institution s’efface.


Plus le jeune avance en âge, moins les adultes décident pour lui et plus ils l’aident à décider par lui-même.


Former les parrains pour qu’ils sachent réellement accompagner


Donner un titre à quelqu’un ne suffit pas à lui permettre d’exercer correctement son rôle.


C’est pourquoi le parrainage républicain devrait s’appuyer sur une plateforme nationale de formation et de ressources, gratuite et accessible à tous les parrains, marraines, jeunes et responsables légaux concernés.


Au moment de leur engagement, les futurs parrains suivraient une formation courte leur permettant de comprendre ce que l’on attend d’eux, mais aussi ce que l’on n’attend pas d’eux. Ils seraient sensibilisés à l’écoute des adolescents, aux droits de l’enfant, au respect de l’autorité parentale, à la prévention du harcèlement et des violences, aux usages numériques, ainsi qu’aux situations dans lesquelles il est nécessaire d’orienter le jeune vers un professionnel.


La plateforme évoluerait ensuite en fonction des différentes étapes du parcours.


Pendant les années collège, les ressources concerneraient notamment l’adolescence, la confiance en soi, la scolarité, le numérique, le harcèlement ou les premières formes d’autonomie.


Au lycée, elles seraient davantage tournées vers l’orientation, les stages, l’apprentissage, les études supérieures, les aides financières, les métiers et les différentes possibilités offertes après le baccalauréat.


Entre 18 et 25 ans, elles porteraient davantage sur le logement, l’emploi, les droits sociaux, les contrats, le budget, la fiscalité, les démarches administratives et l’entrée dans la vie professionnelle.


Cette plateforme aurait une fonction essentielle : éviter que la qualité du parrainage dépende uniquement des connaissances personnelles du parrain.


On ne demanderait pas à celui-ci de devenir spécialiste de l’orientation, du droit social ou de la psychologie adolescente. On lui demanderait surtout de savoir écouter, d’identifier les bonnes ressources et de reconnaître les situations dans lesquelles un professionnel doit prendre le relais.


Transmettre sans nécessairement devenir parent


Ce dispositif répondrait également à une transformation plus profonde des parcours de vie.


Dans une société où les modèles familiaux se diversifient et où une partie des adultes ne peut pas ou ne souhaite pas nécessairement avoir d’enfant, il faut cesser de considérer la parentalité comme la seule manière de transmettre à la génération suivante.


Ne pas vouloir être parent ne signifie pas ne rien vouloir transmettre.


On peut ne pas souhaiter élever soi-même un enfant tout en voulant accompagner un neveu, une nièce, l’enfant d’un ami ou un jeune auquel on est profondément attaché. On peut vouloir partager un savoir, une expérience, une culture, un métier, des valeurs ou simplement du temps.


Notre société reconnaît largement la transmission familiale entre parents et enfants, mais beaucoup moins ces liens éducatifs choisis qui existent autour des familles.


Le parrainage républicain leur donnerait une place.


Il ne s’agirait évidemment jamais de transformer les personnes sans enfant en éducateurs par défaut. Aucun adulte n’aurait de devoir particulier de parrainer simplement parce qu’il n’est pas parent. Le dispositif offrirait seulement une possibilité supplémentaire à celles et ceux qui souhaitent exercer volontairement ce rôle de transmission.


Cette évolution permettrait aussi de rappeler une idée fondamentale : élever une génération ne relève pas uniquement de ceux qui en sont les parents.


Une société se construit aussi grâce à tous les adultes qui transmettent, conseillent, accompagnent et ouvrent des portes aux plus jeunes.


Une place claire : la confiance, pas l’autorité


La réussite du dispositif dépendrait cependant d’une frontière qui ne devrait jamais devenir floue.


Le parrain ne serait ni un parent supplémentaire ni un professionnel de substitution.


Les responsables légaux conserveraient intégralement l’autorité parentale pendant la minorité. Les enseignants continueraient d’exercer leurs responsabilités pédagogiques, les professionnels de santé leurs compétences médicales et les travailleurs sociaux leurs missions d’accompagnement.


Le parrain aurait autre chose : une relation de confiance reconnue.


Il pourrait écouter, conseiller, accompagner, transmettre et, si le jeune le souhaite, être présent lors de certaines démarches. Il ne pourrait jamais imposer une décision.


Cette absence d’autorité n’affaiblirait pas son rôle. Elle pourrait au contraire en constituer la force.


Parce qu’un adolescent n’attend pas toujours d’un adulte qu’il décide pour lui. Il a parfois simplement besoin d’un interlocuteur capable de l’écouter sans immédiatement le sanctionner, l’évaluer ou trancher à sa place.


Protéger le jeune avant tout


Un tel dispositif devrait naturellement être entouré de garanties.


Le consentement du jeune serait central. Aucun parrain ne pourrait lui être imposé et il devrait pouvoir demander à tout moment la suspension ou la fin de la relation institutionnelle. À mesure qu’il grandit, son pouvoir de décision deviendrait progressivement plus important jusqu’à devenir exclusif à 18 ans.


Le parrain pourrait également mettre fin à son engagement s’il estime ne plus être en mesure de l’assumer. Transformer une relation de confiance en obligation permanente serait contraire à l’esprit même du projet.


Des règles de protection devraient enfin encadrer la désignation des parrains : majorité obligatoire, identité vérifiée, information sur les responsabilités liées au rôle et impossibilité d’exercer cette fonction dans certaines situations incompatibles avec l’accompagnement d’un mineur.


Mais ces garde-fous ne devraient jamais transformer le parrainage en une procédure administrative lourde. L’objectif serait de sécuriser une relation, pas de la bureaucratiser.


Ne pas créer une nouvelle inégalité


Une autre difficulté doit être anticipée.


Les familles les plus favorisées pourraient choisir comme parrains des personnes disposant elles-mêmes de ressources importantes, de diplômes élevés ou de réseaux professionnels étendus. Le dispositif pourrait alors, involontairement, renforcer les écarts qu’il cherche en partie à réduire.


La réponse ne consiste pas à supprimer le parrainage, mais à garantir que sa valeur ne repose pas uniquement sur le capital social du parrain.


La plateforme nationale serait donc accessible à tous et proposerait les mêmes informations sur les études, les métiers, les aides et les démarches. Un parrain disposant de peu de connaissances sur l’enseignement supérieur pourrait ainsi accompagner efficacement son filleul en utilisant des ressources publiques fiables.


Par ailleurs, les jeunes ne disposant d’aucun adulte susceptible d’assumer cette fonction pourraient accéder, s’ils le souhaitent, à un dispositif distinct de mentorat porté par des associations agréées ou des institutions publiques.


La distinction entre les deux serait importante. Le parrainage républicain reposerait sur une relation personnelle préexistante ; le mentorat permettrait de créer un lien lorsque cette ressource n’existe pas dans l’entourage.


Ainsi, aucun jeune ne serait pénalisé parce qu’il ne possède pas autour de lui le réseau familial ou amical permettant de désigner spontanément un parrain.


Créer de véritables rites républicains de passage


Le parrainage aurait enfin une dimension que les politiques publiques négligent souvent : la dimension symbolique.


Notre société possède de nombreux seuils administratifs, mais peu de véritables rites civils permettant de reconnaître les grandes transitions de la vie.


L’entrée au collège, l’entrée au lycée et la majorité représentent pourtant des transformations considérables. L’enfant gagne progressivement en autonomie, apprend à prendre des décisions et finit par devenir juridiquement responsable de lui-même.


Le parrainage républicain permettrait de donner du sens à ces étapes.


La cérémonie de 11 ans dirait à l’enfant qu’il commence un nouveau chemin vers l’autonomie.

La confirmation de 15 ans reconnaîtrait qu’il devient progressivement capable de choisir les adultes qui l’accompagnent et de construire son propre avenir.

La confirmation de 18 ans marquerait enfin son entrée pleine et entière dans la citoyenneté adulte.


Ces moments n’auraient rien de religieux. Ils rempliraient une fonction différente : faire de l’émancipation individuelle un événement également reconnu par la collectivité.


Faire de la confiance une institution


Nous parlons souvent de l’isolement des adolescents, des difficultés d’orientation, des inégalités de réseau, de la solitude des jeunes adultes ou de l’affaiblissement des liens entre les générations.


Aucune réforme ne réglera seule ces problèmes.


Mais nous pouvons créer les conditions pour que davantage de jeunes disposent autour d’eux d’adultes qui se sentent durablement concernés par leur avenir.


C’est finalement toute l’ambition du parrainage républicain de confiance.

Les parents conserveraient leur autorité et leur responsabilité.

Les professionnels conserveraient leurs compétences.

Le parrain aurait enfin une fonction clairement reconnue : être présent, transmettre, écouter et accompagner.


Il ne déciderait pas à la place du jeune. Il l’aiderait progressivement à apprendre à décider lui-même.

Il ne remplacerait pas sa famille. Il élargirait le cercle des personnes sur lesquelles il peut compter.

Il ne serait pas responsable de sa réussite. Il serait simplement l’un de ceux qui refusent de le laisser affronter seul les moments décisifs de sa construction.


Le baptême civil cesserait alors d’être seulement une belle cérémonie.

Il deviendrait un véritable parcours républicain de l’enfance vers l’âge adulte.


Parce que l’autonomie ne consiste pas à apprendre à vivre sans les autres.

Elle consiste aussi à savoir sur qui l’on peut compter pour apprendre, un jour, à avancer par soi-même.

 
 
 

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